Sur le papier, le propriétaire possède les murs et rédige souvent le bail seul. Dans les faits, c'est le locataire qui détient les clés, et la loi lui laisse une marge que peu de contrats affichent : une clause qui impose le prélèvement automatique, une assurance chez un assureur désigné ou des visites le dimanche ne vaut rien, même signée et paraphée.
Ce décalage entre le contrat et la loi tient à un texte, la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, qui régit la location vide ou meublée d'une résidence principale. Ses règles sont d'ordre public : ni le bailleur ni le locataire ne peuvent y renoncer. Les douze garanties ci-dessous en découlent directement, article par article, avec les obligations qui leur font face.
Le droit du locataire avant la remise des clés
1. Un logement décent et en bon état d'usage
L'article 6 de la loi oblige le bailleur à remettre un logement décent, sans risque manifeste pour la sécurité ou la santé, doté des équipements qui le rendent habitable et répondant à un niveau minimal de performance énergétique. Le logement doit aussi être livré en bon état d'usage et de réparation, équipements mentionnés au bail en état de fonctionnement. Un logement trop énergivore n'est donc plus décent, ce qui ouvre les recours décrits plus bas.
2. Un loyer encadré dans certaines communes
Dans les communes soumises à l'encadrement des loyers, citées par service-public.fr (Paris, Lyon, Lille, Bordeaux, Montpellier, Plaine Commune, Est Ensemble, Pays basque, une partie de Grenoble-Alpes Métropole), le loyer de base ne peut pas dépasser le loyer de référence majoré. Un complément de loyer ne se justifie que par des caractéristiques exceptionnelles, que le propriétaire doit prouver. Le locataire qui le conteste saisit la commission départementale de conciliation dans les trois mois suivant la signature du bail et continue de payer le loyer prévu en attendant.
Hors de ces communes, une autre limite existe : pour un logement classé F ou G, le loyer d'un nouveau bail ne peut pas dépasser le dernier loyer appliqué au précédent locataire.
3. Un bail d'une durée minimale garantie
L'article 10 fixe la durée du bail vide à trois ans au moins lorsque le bailleur est une personne physique (ou une société civile familiale) et à six ans lorsqu'il s'agit d'une personne morale, une société ou un investisseur institutionnel. À l'échéance, le bail se reconduit tacitement pour la même durée si personne n'a donné congé dans les formes. Le locataire, lui, peut partir quand il le souhaite, sous réserve du préavis.
Les droits pendant l'occupation du logement
4. La jouissance paisible et la vie privée
Le bailleur doit assurer au locataire la jouissance paisible du logement (article 6). Une fois les clés remises, il n'y entre plus sans accord : posséder un double ne donne aucun droit d'accès. Pour les visites en vue d'une relocation ou d'une vente, l'article 4 répute non écrite toute clause qui les imposerait les jours fériés ou plus de deux heures par jour les jours ouvrables.
5. Le droit d'aménager sans transformer
Peindre, poser des étagères, changer des rideaux : le bailleur ne peut pas s'opposer aux aménagements qui ne constituent pas une transformation de la chose louée. Abattre une cloison, déplacer une cuisine ou percer une ouverture suppose au contraire son accord écrit ; à défaut, il peut exiger la remise en état au départ, voire conserver les transformations sans indemnité.
6. Une quittance gratuite et un paiement mensuel
Le paiement mensuel du loyer est de droit dès que le locataire le demande, même si le bail prévoit un paiement trimestriel. L'article 21 impose au bailleur de remettre gratuitement une quittance à qui la demande, avec le détail du loyer et des charges, et interdit de facturer des frais pour l'envoi de l'avis d'échéance ou de la quittance. En cas de paiement partiel, le bailleur délivre un reçu.

Cette quittance sert de preuve de paiement : elle est souvent réclamée pour un dossier de location suivant ou pour une aide au logement.
7. Des clauses abusives réputées non écrites
L'article 4 dresse une longue liste de clauses sans effet. Parmi les plus fréquentes dans les baux rédigés à la main :
| Clause figurant dans le bail | Ce que prévoit la loi |
|---|---|
| Prélèvement automatique imposé | Le locataire choisit son mode de paiement |
| Assurance chez un assureur désigné | Le locataire choisit son assureur |
| Amende ou pénalité en cas de manquement | Clause réputée non écrite |
| Responsabilité collective des locataires d'un immeuble | Clause réputée non écrite |
| Interdiction d'activité associative ou syndicale | Clause réputée non écrite |
« Réputée non écrite » signifie que la clause disparaît du contrat sans faire tomber le reste du bail : le locataire peut l'ignorer, sans avoir à saisir un juge pour la faire annuler.
8. Des travaux encadrés dans le temps
Le locataire doit laisser exécuter les travaux d'amélioration des parties communes ou privatives, d'entretien et de mise en conformité, mais l'article 7 en fixe les conditions : une notification préalable de leur nature et de leurs modalités, et aucun travaux le samedi, le dimanche ou un jour férié sans son accord. Si les travaux rendent le logement inhabitable ou durent anormalement, le locataire peut demander une diminution de loyer ou, dans les cas les plus lourds, la résiliation du bail.
Les droits du locataire au moment de partir
9. Un préavis réduit à un mois dans certains cas
Un locataire de logement vide qui part prévient trois mois à l'avance (article 15). Ce délai passe à un mois en zone tendue, et aussi pour un premier emploi, une mutation, une perte d'emploi, un problème de santé qui impose de déménager, un allocataire du RSA ou de l'AAH, un logement social attribué ou des violences conjugales. Le motif figure dans la lettre, justificatif joint ; le modèle de lettre de préavis l'intègre.
10. Le dépôt de garantie rendu à date fixe
Pour un logement vide, l'article 22 plafonne le dépôt à un mois de loyer principal, sans intérêts ni révision. Une fois les clés rendues, le délai de restitution est d'un mois quand les deux états des lieux concordent, de deux mois quand des écarts apparaissent, retenues justifiées déduites.
Passé ce délai, chaque mois commencé ajoute 10 % du loyer principal à la somme due. En immeuble collectif, 20 % au plus peuvent rester bloqués jusqu'à l'arrêté des comptes annuels. La différence entre ce dépôt et l'engagement d'un garant est détaillée dans l'article sur la caution et le dépôt de garantie.
11. Un congé du bailleur motivé, à six mois de l'échéance
Côté bailleur, le congé ne vaut que pour l'échéance du bail, notifié six mois avant, et pour trois motifs seulement : reprendre le logement pour l'habiter ou y loger un proche, le vendre, ou un motif légitime et sérieux, comme des impayés répétés. Le congé pour vente ouvre au locataire un droit de préemption, dont le calendrier du congé pour vente détaille les étapes.
Deux protections s'ajoutent. Un locataire de plus de 65 ans aux ressources modestes (plafond fixé par arrêté) ne peut être congédié sans offre de relogement, sauf bailleur lui aussi âgé de plus de 65 ans ou sous ce plafond. Et un congé frauduleux pour reprise ou pour vente expose son auteur à une amende pénale de 6 000 € (personne physique) ou 30 000 € (personne morale).
12. Le maintien du bail au profit des proches
En cas de décès du locataire ou d'abandon du domicile, le bail ne s'éteint pas forcément. L'article 14 le transfère au conjoint, au partenaire de Pacs, aux descendants, ou aux ascendants, concubin notoire et personnes à charge qui vivaient avec le locataire depuis au moins un an. Sans aucun bénéficiaire, le bail est résilié de plein droit.

Les recours quand un droit n'est pas respecté
Le logement présente des défauts de décence ? Service-public.fr insiste sur un point : ne jamais cesser de payer le loyer de sa propre initiative, faute de quoi le locataire se met lui-même en tort. La marche à suivre passe par l'écrit :
- signaler les désordres au bailleur par lettre recommandée avec accusé de réception, photos et constats à l'appui ;
- sans réponse ou accord dans les deux mois, saisir la commission départementale de conciliation, gratuite ;
- porter l'affaire devant le juge du tribunal du lieu du logement, qui peut ordonner les travaux, fixer un délai, réduire le loyer ou en suspendre le paiement jusqu'à leur exécution.
Pour les autres litiges (dépôt de garantie, charges, révision de loyer), une démarche amiable est obligatoire lorsque la somme en jeu ne dépasse pas 5 000 € : commission de conciliation, conciliateur de justice (gratuit) ou médiateur (payant). Les actions nées du bail se prescrivent par trois ans (article 7-1). Les écarts sur les charges suivent une logique propre, expliquée dans l'article sur la régularisation des charges. Pour une situation précise, l'ADIL du département, un point-justice ou un avocat peuvent examiner le bail et les pièces.
L'autre face : les obligations du locataire
Les droits du locataire ont une contrepartie, fixée par l'article 7. Le locataire doit :
- payer le loyer et les charges aux dates convenues ;
- user paisiblement du logement, sans troubler le voisinage ;
- répondre des dégradations survenues pendant la location, sauf force majeure, faute du bailleur ou fait d'un tiers qu'il n'a pas introduit ;
- assurer l'entretien courant et les réparations locatives, hors vétusté, malfaçon ou cas fortuit ;
- s'assurer contre les risques locatifs et remettre l'attestation chaque année à la demande du bailleur, qui peut sinon souscrire une assurance pour son compte et en répercuter le coût après mise en demeure ;
- ne pas sous-louer sans l'accord écrit du bailleur, le loyer au mètre carré de la sous-location ne pouvant dépasser celui du bail principal (article 8).
Un manquement grave et répété, surtout le non-paiement, permet au bailleur de demander la résiliation du bail. Même dans ce cas, la loi encadre la suite : la clause résolutoire ne joue que six semaines après un commandement de payer resté sans effet, et le juge peut accorder jusqu'à trois ans de délais de paiement (article 24).
Questions fréquentes
Garder un double des clés autorise-t-il le bailleur à entrer ?
Non. Une fois le bail signé et les clés remises, le logement est le domicile du locataire. Le bailleur n'y entre qu'avec son accord, y compris pour vérifier l'état des lieux ou montrer le bien à un acheteur.
Quels sont les droits d'un locataire en cas de vente du logement ?
Le bail en cours continue avec le nouveau propriétaire, aux mêmes conditions. Si le bailleur veut vendre le logement libre, il doit donner congé pour vente six mois avant l'échéance, ce qui vaut offre de vente au locataire : celui-ci dispose alors d'un droit de préemption pendant les deux premiers mois du préavis.
Un locataire peut-il refuser une hausse de loyer ?
En cours de bail, seule la révision annuelle prévue par une clause, dans la limite de l'indice de référence des loyers, est possible. Au renouvellement, une hausse n'est admise que pour un loyer manifestement sous-évalué, proposée six mois ou plus avant le terme ; le locataire peut la contester.
Le bailleur doit-il fournir une quittance chaque mois ?
Il doit la remettre gratuitement chaque fois que le locataire la demande. Aucun frais d'envoi ou de gestion ne peut être facturé. La quittance distingue le loyer et les charges.
Que faire si le logement loué est insalubre ou non décent ?
Signaler les désordres par recommandé, continuer à payer le loyer, puis saisir la commission départementale de conciliation après deux mois sans réponse, puis le juge si le désaccord persiste. Le juge peut réduire ou suspendre le loyer jusqu'à la fin des travaux.
Sources et références
- Légifrance, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs — www.legifrance.gouv.fr
- Service-public.fr, Litige entre locataire et propriétaire d'un logement privé — www.service-public.gouv.fr




