Chaque mois, le locataire paie la même somme au titre des charges ; chaque année, la dépense réelle de l'immeuble change, au gré des prix de l'énergie, de la consommation d'eau ou du coût de l'entretien. Entre un montant fixe et une dépense mouvante, l'écart est inévitable, et c'est la régularisation qui le solde : remboursement quand les provisions ont dépassé les dépenses, rappel quand elles ont été trop faibles.
Ce rappel arrive parfois deux ou trois ans après les dépenses, sous forme d'une somme importante, alors qu'un remboursement attendu tarde à venir. Les règles qui encadrent la régularisation des charges du locataire, fixées par l'article 23 de la loi sur les rapports locatifs de 1989 et le décret du 26 août 1987, répondent précisément à ces situations. Elles sont présentées ici sous forme de questions, dans l'ordre où elles se posent.
Que sont exactement les charges récupérables ?
Les charges récupérables, ou charges locatives, sont des dépenses payées d'abord par le propriétaire, puis remboursées par le locataire. Elles ne recouvrent pas toutes les dépenses du bailleur : seules celles qui figurent dans la liste limitative du décret du 26 août 1987 peuvent être refacturées.
| Poste | Exemples de charges récupérables |
|---|---|
| Ascenseur | Électricité, entretien courant, menues réparations |
| Eau et chauffage collectifs | Eau, énergie, entretien des compteurs, réparation des fuites sur joints |
| Parties communes | Électricité, produits et personnel d'entretien, minuterie |
| Espaces extérieurs | Voies, stationnement, espaces verts, jeux pour enfants |
| Taxes et redevances | Taxe d'enlèvement des ordures ménagères, assainissement |
| Gardien ou employé d'immeuble | Salaire, dans des proportions fixées par les textes |
À l'inverse, certaines dépenses restent à la charge du propriétaire même si elles concernent l'immeuble : le contrôle technique quinquennal de l'ascenseur, les grosses réparations, les honoraires du syndic ou l'assurance de l'immeuble ne font pas partie de la liste.
Comment fonctionnent les provisions mensuelles ?
En location vide, le locataire verse des provisions sur charges d'un montant fixe, en même temps que le loyer. Le propriétaire fixe ce montant à partir du budget prévisionnel de l'immeuble, en copropriété, ou des résultats de la régularisation précédente. Une provision réaliste limite donc l'ampleur du rappel ou du remboursement de fin d'année.
En location meublée, le bail peut prévoir soit des provisions régularisées de la même façon, soit un forfait de charges fixé à l'avance, qui ne donne lieu à aucune régularisation. Le choix figure dans le bail.
Comment se calcule la régularisation, sur un exemple ?
Prenons un logement vide en copropriété, avec une provision de 80 € par mois. Sur l'année, le locataire a versé 12 × 80 = 960 €. Après l'approbation des comptes, la quote-part de dépenses récupérables du logement s'établit ainsi (chiffres d'illustration) :
| Nature de charge | Quote-part du logement |
|---|---|
| Chauffage collectif | 520 € |
| Eau froide et chaude | 210 € |
| Entretien des parties communes | 140 € |
| Taxe d'enlèvement des ordures ménagères | 150 € |
| Total des dépenses récupérables | 1 020 € |
Le solde est de 1 020 − 960 = 60 € à la charge du locataire. Si le total avait été de 900 €, le propriétaire aurait dû rembourser 60 €. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qui figure sur l'avis de taxe foncière du propriétaire, est souvent régularisée à part, une fois l'avis reçu : elle doit alors apparaître comme une ligne distincte, avec le montant de l'avis.
Le même calcul vaut hors copropriété : le propriétaire d'une maison louée additionne lui-même les dépenses récupérables (entretien de la chaudière, taxe d'ordures ménagères, entretien des espaces extérieurs partagés…) et les compare aux provisions.

À quelle fréquence faut-il régulariser ?
Au moins une fois par an. Le propriétaire compare la somme des provisions encaissées sur la période aux dépenses récupérables réellement engagées.
- Si les provisions dépassent les dépenses, il rembourse le trop-perçu au locataire.
- Si les dépenses dépassent les provisions, il demande un complément.
En copropriété, la régularisation suit en pratique l'approbation annuelle des comptes par l'assemblée générale, puisque c'est elle qui arrête les dépenses réelles de l'immeuble. Le bailleur peut ensuite ajuster le montant des provisions mensuelles pour l'année suivante.
Quels documents le propriétaire doit-il fournir ?
Un mois avant la régularisation, le propriétaire communique au locataire :
- le décompte par nature de charges (eau, chauffage, ascenseur, entretien, taxe d'ordures ménagères…) ;
- le mode de répartition entre les logements de l'immeuble, par exemple les tantièmes de copropriété ou les relevés de compteurs ;
- le cas échéant, une note d'information sur le calcul des charges de chauffage collectif et de production d'eau chaude.
Les pièces justificatives (factures, contrats d'entretien, relevés) doivent ensuite rester à la disposition du locataire pendant six mois après l'envoi du décompte. Le locataire peut aussi demander le récapitulatif des charges par courrier ou par courriel.
Une régularisation qui se limite à un montant global, sans décompte ni répartition, ne permet pas au locataire de vérifier ce qu'on lui réclame.
Comment vérifier une régularisation de charges ?
Quelques contrôles simples permettent de repérer les erreurs :
- La période : les dépenses correspondent-elles bien à l'année de provisions comparée ?
- La nature des charges : chaque ligne figure-t-elle dans la liste des charges récupérables ? Les honoraires de gestion ou les gros travaux n'ont rien à y faire.
- La quote-part : la clé de répartition appliquée au logement est-elle cohérente avec celle de l'année précédente ?
- Les consommations : les index de compteurs d'eau ou de chaleur correspondent-ils aux relevés ?
- Les provisions : le total déduit correspond-il bien aux sommes versées sur la période, quittances à l'appui ?
En cas de doute, le locataire demande à consulter les justificatifs pendant le délai de six mois, puis formule ses observations par écrit.
Que se passe-t-il si le propriétaire régularise en retard ?
La régularisation tardive reste possible, quelle qu'en soit la raison. Le juge peut toutefois la refuser lorsqu'elle est déloyale et brutale, et qu'elle résulte d'une faute du propriétaire, par exemple quand celui-ci n'a jamais répondu aux demandes du locataire.
Surtout, le locataire dispose d'une protection précise : si la régularisation n'a pas été faite avant la fin de l'année civile qui suit l'année où les charges sont devenues exigibles, il peut exiger un paiement échelonné sur douze mois. Il en fait la demande par lettre recommandée avec avis de réception. Un rappel de 1 200 € reçu tardivement peut ainsi être réglé par mensualités de 100 €.
Le propriétaire peut-il réclamer des charges de plusieurs années ?
Oui, dans la limite de la prescription de trois ans. Le propriétaire peut réclamer des charges impayées pendant trois ans ; au-delà, la dette est prescrite. Le même délai de trois ans s'applique au locataire qui réclame le remboursement d'un trop-versé.
Ce délai est le même que pour les loyers. Il protège autant le locataire qui découvre un rappel ancien que celui qui constate, en relisant des décomptes, qu'il a payé des charges non récupérables.

Et si le propriétaire ne régularise jamais ?
Le locataire qui pense avoir trop versé peut demander la régularisation par lettre recommandée avec avis de réception, en rappelant l'obligation annuelle et en sollicitant le décompte. Sans réponse, une lettre de mise en demeure fixe un délai précis avant d'engager un recours.
L'absence de régularisation ne transforme pas pour autant les provisions en forfait définitif : le propriétaire garde la possibilité de régulariser dans le délai de prescription, avec les limites vues plus haut.
Que devient la régularisation quand le locataire part ?
Le départ ne met pas fin aux comptes. En copropriété, les dépenses réelles de l'année du départ ne sont connues qu'après l'assemblée générale qui approuve les comptes. Pour couvrir ce décalage, le bailleur a le droit de garder une fraction du dépôt de garantie, plafonnée à un cinquième (20 %) de son montant et appuyée sur des justificatifs. Une fois les comptes de l'immeuble votés, il établit la régularisation définitive et verse le reliquat au plus tard un mois plus tard. Bailleur et locataire peuvent aussi convenir de tout solder le jour du départ, sur la base d'une estimation.
Le locataire qui part a donc intérêt à communiquer sa nouvelle adresse et à conserver ses quittances, puisque la régularisation peut intervenir plusieurs mois après la remise des clés.
Comment contester une régularisation de charges ?
- Demander les justificatifs et le détail du calcul, dans les six mois qui suivent l'envoi du décompte.
- Écrire au propriétaire par lettre recommandée en listant les lignes contestées : charge non récupérable, erreur de répartition, consommation incohérente.
- Tenter une conciliation : la commission départementale de conciliation est compétente pour les litiges de charges et son recours est gratuit ; un conciliateur de justice peut aussi intervenir.
- Porter le litige devant le tribunal judiciaire (pôle chargé du contentieux de la protection) si le désaccord persiste.
L'ADIL du département et un point-justice donnent une information gratuite sur ces démarches ; un avocat peut ensuite examiner un dossier aux montants élevés. Le panorama des droits du locataire rappelle les autres obligations du bailleur en cours de bail.
Questions fréquentes
Le locataire peut-il refuser de payer une régularisation ?
Il peut contester les montants qu'il estime injustifiés, mais un refus global sans motif l'expose à une réclamation de charges impayées. La démarche prudente consiste à payer la part non contestée et à discuter le reste par écrit.
Le propriétaire doit-il envoyer les factures ?
Il doit envoyer le décompte par nature de charges et le mode de répartition, puis tenir les factures à disposition pendant six mois. Il n'est pas tenu de les envoyer, mais le locataire doit pouvoir les consulter.
Une régularisation peut-elle porter sur l'eau consommée dans le logement ?
Oui, quand l'eau est fournie collectivement. Si les compteurs ne sont pas individualisés, le propriétaire transmet une fois par an la facture d'eau et les informations sur sa qualité ; en copropriété, le syndic s'en charge.
Le montant des provisions peut-il augmenter après une régularisation ?
Oui. Le propriétaire peut ajuster les provisions à partir des dépenses de l'année écoulée, pour éviter un nouvel écart important. L'augmentation doit rester justifiée par les dépenses réelles.
Un trop-perçu de charges ancien peut-il encore être remboursé ?
Oui, s'il date de moins de trois ans : le locataire bénéficie du même délai de prescription que le propriétaire qui réclame des charges impayées.
Sources et références
- Service-public.gouv.fr, Charges à payer par le locataire (charges locatives ou charges récupérables) — www.service-public.gouv.fr
- Service-public.gouv.fr, Dépôt de garantie dans un bail d'habitation — www.service-public.gouv.fr




