Le fisc range la donation entre un parent et son enfant dans une seule catégorie, la ligne directe, quel que soit le sens du cadeau. Pourtant, entre le père qui verse 50 000 € à sa fille pour un appartement neuf et la fille qui verse la même somme à son père retraité, la facture fiscale, les formalités et les suites lors du règlement successoral divergent.
Le point commun tient en un chiffre : 100 000 € d'abattement, valable pour un descendant comme pour un ascendant, selon la fiche de service-public.gouv.fr vérifiée le 13 mai 2026. Les écarts tiennent au reste : deux exonérations réservées aux descendants, un rapport successoral qui ne joue que dans un sens, et des règles civiles qui protègent d'abord la fratrie du bénéficiaire.
Donation parent enfant : le socle commun de la ligne directe
L'article 779 du Code général des impôts fixe l'abattement en ligne directe. Il se calcule pour chaque couple formé d'un donateur et d'un bénéficiaire, et se recharge au bout de 15 ans : tout ce qu'une personne a déjà transmis à une autre pendant cette période vient en déduction de ce qui reste disponible.
Concrètement, deux parents qui ont deux enfants disposent de quatre abattements distincts, soit 400 000 € transmissibles sans droits tous les 15 ans. Un fils qui gratifie son père et sa mère en dispose de deux.
Au-delà, le même barème progressif s'applique dans les deux sens. Voici les tranches publiées par service-public.gouv.fr en 2026.
| Part taxable après abattement | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 8 072 € | 5 % |
| De 8 073 € à 12 109 € | 10 % |
| De 12 110 € à 15 932 € | 15 % |
| De 15 933 € à 552 324 € | 20 % |
| De 552 325 € à 902 838 € | 30 % |
| De 902 839 € à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
Le calcul se fait tranche par tranche, jamais au taux de la dernière tranche sur le tout. L'exemple officiel : 200 000 € reçus d'un seul parent laissent 100 000 € taxables et coûtent 18 194 €. Si chacun des deux parents verse 150 000 €, soit 300 000 € au total, chaque part taxable tombe à 50 000 € et les droits reviennent à environ 8 194 € par donateur, 16 389 € en tout. Répartir le don entre deux donateurs fait donc chuter la facture bien plus que de moitié.
Le handicap ajoute un second abattement
Lorsque le bénéficiaire est atteint d'un handicap, un abattement spécifique de 159 325 € s'ajoute à celui du lien de parenté, en une ou plusieurs fois sur 15 ans. Il dépend de la situation de celui qui reçoit, pas du sens du don : un père handicapé aidé par sa fille y a droit comme un fils handicapé aidé par sa mère.
Du parent vers l'enfant : deux exonérations en plus
C'est ici que les deux sens se séparent. Le parent qui transmet de l'argent à sa descendance peut empiler deux dispositifs que l'enfant ne pourra jamais utiliser au profit de ses parents.
Le don familial en numéraire : 31 865 €
Prévu par l'article 790 G du CGI, ce don exonère 31 865 € tous les 15 ans. Trois conditions, d'après service-public.gouv.fr :
- le donateur n'a pas encore atteint 80 ans à la date du versement ;
- le bénéficiaire est majeur ou émancipé ;
- le don porte sur des fonds (versés par virement, chèque ou en espèces), jamais sur un bien.
Peuvent en profiter les descendants (jusqu'aux arrière-petits-enfants) ou, sans descendance, les neveux et nièces. Les ascendants n'y figurent pas. Cumulé avec l'abattement, un père de 70 ans peut ainsi transmettre 131 865 € en franchise de droits à son fils majeur, ou 291 190 € si ce fils est handicapé. Une fois le cap des 80 ans franchi, seul l'abattement subsiste.

L'exonération temporaire pour le logement, jusqu'à fin 2026
L'article 790 A bis du CGI, issu de la loi de finances pour 2025, ouvre une troisième enveloppe, provisoire. Elle couvre les dons d'argent en pleine propriété versés depuis le 16 février 2025 et jusqu'au 31 décembre 2026, dans la limite de 100 000 € pour un même donateur envers un même bénéficiaire, et de 300 000 € reçus au total par ce bénéficiaire.
L'argent doit être affecté, au plus tard le dernier jour du sixième mois suivant le versement :
- à l'acquisition d'un logement neuf ou vendu en l'état futur d'achèvement ;
- ou au financement d'une rénovation énergétique de la résidence principale du bénéficiaire, éligibles à MaPrimeRénov'.
Ensuite, le logement doit rester sa résidence principale, ou être loué comme habitation principale, pendant cinq ans. La location à un membre de son propre foyer fiscal est exclue, et les dépenses déjà financées par une prime, un crédit d'impôt ou une déduction ne comptent pas une deuxième fois. Les justificatifs restent à conserver pour l'administration.
Comme le don familial, ce dispositif ne vise que la descendance et, à défaut, les neveux et nièces. Une fille qui aiderait sa mère à financer une pompe à chaleur ne peut pas s'en prévaloir. Le calendrier se resserre : un virement de décembre 2026 laisse jusqu'en juin 2027 pour affecter les fonds, mais c'est la date du versement qui doit tomber avant la fin de l'année.
Le cumul maximal pour un même donateur
| Dispositif | Montant exonéré | Condition principale |
|---|---|---|
| Abattement en ligne directe | 100 000 € | Tous biens, tous les 15 ans |
| Don familial (art. 790 G) | 31 865 € | Argent, donateur de moins de 80 ans, bénéficiaire majeur |
| Exonération logement (art. 790 A bis) | 100 000 € | Argent versé avant fin 2026, logement neuf ou rénovation énergétique |
Une mère de moins de 80 ans peut ainsi transmettre jusqu'à 231 865 € à une fille majeure qui achète un logement neuf, et un couple le double. Le plafond de 300 000 € par bénéficiaire ne concerne que l'enveloppe logement : il joue surtout quand les grands-parents donnent aussi.
De l'enfant vers le parent : même abattement, autres réflexes
La donation enfant parent existe bel et bien. Elle sert souvent à aider un parent dont la retraite ne suffit plus, à financer une entrée en résidence pour personnes âgées ou à faire profiter un parent veuf d'un bien. Fiscalement, l'ascendant bénéficie de l'abattement de 100 000 € et du barème ci-dessus. Une fille qui verse 120 000 € à sa mère laisse 20 000 € taxables, soit environ 2 194 € de droits.
Aider un parent n'est pas toujours donner
Le Code civil impose aux enfants une obligation alimentaire envers leurs parents dans le besoin (article 205). Les sommes qui couvrent les besoins courants d'un parent incapable d'y faire face (loyer, alimentation, frais d'hébergement), proportionnées aux ressources de chacun, relèvent de cette obligation et non d'une donation : elles n'entament pas l'abattement. La frontière se franchit quand le montant dépasse nettement les besoins, par exemple un capital versé d'un coup que le parent placera.
Le bien peut revenir, ou repartir ailleurs
Une donation faite à un parent âgé entre dans son patrimoine, donc, à son décès, dans sa succession. Elle sera partagée entre ses héritiers, souvent le fils donateur et ses frères et sœurs, avec de nouveaux droits de succession sur leur part. Une somme apportée par un seul membre de la fratrie peut ainsi profiter à tous. Avant un montant important, un notaire peut indiquer si une autre forme d'aide (prêt familial écrit, prise en charge directe de dépenses) correspond mieux à l'intention.
À l'inverse, le Code civil prévoit un droit de retour au profit des parents : lorsque l'enfant qui avait reçu un bien d'eux meurt sans descendance, ce bien leur revient dans une certaine proportion (article 738-2). Ce mécanisme ne joue que dans le sens descendant.

Ce que le Code civil ajoute quand le parent donne
L'aspect fiscal n'est qu'une moitié du sujet. Une donation d'un parent à son fils ou à sa fille reste, sauf mention contraire, une avance sur héritage : au décès du parent, sa valeur est réintégrée dans les comptes successoraux pour rétablir l'égalité (article 843 du Code civil). La sœur qui n'a rien reçu ne perd donc rien, puisque son frère gratifié recevra d'autant moins.
Deux limites encadrent ce principe :
- la réserve héréditaire (article 912) : une part du patrimoine revient obligatoirement aux descendants, et une donation qui l'entame peut être réduite au décès, même si elle était déclarée « hors part successorale » ;
- la réévaluation : le rapport retient en principe ce que vaut le bien à la date du partage. Un terrain donné 80 000 € qui en vaut 200 000 € des années plus tard peut déséquilibrer le partage.
La donation-partage (articles 1075 et suivants) évite ces surprises : le parent organise lui-même la répartition entre tous ses descendants, par acte notarié, et les valeurs sont figées au jour de l'acte si chacun l'a accepté. Les étapes et les variantes possibles figurent dans la page consacrée à la donation enfant.
Formes de la donation et coût selon les biens
Le sens du don ne change rien aux formes autorisées. Un don manuel d'argent ou d'objets passe par une simple remise physique ou un virement ; il est déclaré à l'administration fiscale pour que l'abattement soit décompté et, en cas d'exonération, pour en garder la trace. Un bien immobilier, des parts de société civile ou une réserve d'usufruit exigent un acte notarié (article 931 du Code civil), avec des émoluments et taxes chiffrés à part, au sujet des frais d'une donation notariée.
La transmission de la seule nue-propriété, très présente dans les résultats de recherche, réduit l'assiette taxable : le parent garde l'usufruit (l'usage ou les revenus) et l'enfant reçoit la nue-propriété, évaluée selon un barème fiscal lié à l'âge de l'usufruitier. Au décès, il devient plein propriétaire sans nouveaux droits. Le montage reste rare dans le sens ascendant, puisque le bien reviendrait ensuite dans la succession du parent.
Questions fréquentes
Combien un parent peut-il donner à son enfant sans impôt en 2026 ?
100 000 € tous les 15 ans au titre de l'abattement, plus 31 865 € en argent si le parent n'a pas 80 ans et que l'enfant est majeur. Pour un versement fait avant la fin de 2026, une enveloppe supplémentaire de 100 000 € échappe aux droits si elle paie l'acquisition d'un bien neuf ou des travaux énergétiques dans la résidence principale.
Un enfant peut-il faire une donation à ses parents sans droits ?
Oui, jusqu'à 100 000 € par ascendant sur 15 ans. Le don familial et l'exonération logement, réservés aux descendants, ne s'appliquent pas.
Les donations parents enfants sont-elles rapportées à la succession ?
Oui, sauf clause contraire : la valeur du don est réintégrée dans le partage. Côté fiscal, l'abattement consommé depuis moins de 15 ans réduit celui disponible au décès.
Les deux parents peuvent-ils donner en même temps au même enfant ?
Oui. Chacun est un donateur distinct avec son propre abattement : un couple transmet 200 000 € sans droits, et 263 730 € en argent avec le don familial si les deux ont moins de 80 ans.
Faut-il un notaire pour une donation parent enfant ?
Non pour un don d'argent, qui doit seulement être déclaré. Oui pour un bien immobilier, une donation-partage ou une réserve d'usufruit. En présence d'enfants nés de plusieurs unions ou d'une entreprise à transmettre, un notaire ou un avocat peut analyser les conséquences.
Que se passe-t-il si l'argent du don logement n'est pas utilisé dans les six mois ?
L'exonération de l'article 790 A bis est perdue sur la somme non affectée, qui retombe dans le régime ordinaire : abattement s'il en reste, puis barème. Même sanction si le logement n'est pas occupé ou loué comme résidence principale pendant cinq ans.
Sources et références
- Service-public.gouv.fr, Droits de donation : abattements et barème (vérifié le 13 mai 2026) — www.service-public.gouv.fr
- Légifrance, Code général des impôts, article 790 A bis (version en vigueur depuis le 16 février 2025) — www.legifrance.gouv.fr




