Beaucoup de parents pensent qu'en aidant un enfant à acheter son appartement, ils lui offrent un coup de pouce qui s'ajoutera à sa part d'héritage. Le Code civil part de l'idée inverse : sauf mention contraire, l'argent ou le bien donné à un futur héritier n'est qu'une avance, qui sera déduite de ce qu'il recevra au décès.
Cette présomption, posée par l'article 843, explique bien des tensions entre frères et sœurs au moment du partage. Elle a aussi une conséquence moins connue : la donation est recomptée non pas à sa valeur d'origine, mais à la valeur du bien au jour où l'on partage.
Qu'appelle-t-on exactement une avance sur héritage ?
L'expression désigne la donation faite « en avancement de part successorale », que les textes anciens nommaient « avancement d'hoirie ». Elle concerne les personnes appelées à hériter du donateur, en pratique surtout ses enfants.
L'article 843 du Code civil impose à tout héritier de rapporter à ses cohéritiers ce qu'il a reçu du défunt par donation, directement ou indirectement. Il ne peut conserver ces dons que s'ils lui ont été faits expressément hors part successorale. Autrement dit, le silence de l'acte vaut avance : un virement de 40 000 € sans écrit, un don manuel déclaré aux impôts ou une donation notariée sans clause particulière sont tous des avances sur héritage.
La règle inverse vaut pour les legs : ce qu'un testament attribue à un héritier est présumé hors part successorale, sauf volonté contraire du testateur.
Comment l'avance sur héritage est-elle recomptée au décès ?
Le mécanisme s'appelle le rapport. Au décès, le notaire ajoute fictivement à la succession la valeur des donations rapportables, calcule la part de chacun sur ce total, puis retire à chaque donataire ce qu'il a déjà reçu. C'est le rapport « en moins prenant » de l'article 858 : l'enfant gratifié garde le bien et prend simplement moins dans la succession.
Quelle valeur retient-on pour le bien donné ?
L'article 860 fixe la règle : on prend la valeur actuelle du bien, mais dans l'état où il se trouvait quand il a été donné. Une maison donnée 150 000 € et estimée 250 000 € au partage se rapporte pour 250 000 €. Les travaux faits par l'enfant ne comptent pas, puisque l'on retient l'état du bien au jour du don. Si le bien a été vendu avant le partage, on retient sa valeur à la date de la vente.
Pour une somme d'argent, l'article 860-1 prévoit que le rapport est égal à son montant. Mais si l'argent a servi à acheter un bien, c'est la valeur de ce bien au partage qui compte.
Un exemple de partage avec avance
Une mère donne 60 000 € à sa fille Léa, qui achète un studio. Au décès, la succession compte 210 000 € et le studio vaut 90 000 €. Les deux enfants se partagent une masse de 300 000 € (210 000 + 90 000), soit 150 000 € chacun. Léa conserve le studio et reçoit 60 000 € de la succession ; son frère reçoit 150 000 €. Sans l'avance, chacun aurait touché 105 000 €.
| Situation au partage | Léa (donataire) | Son frère |
|---|---|---|
| Avance rapportée | 90 000 € (studio) | 0 € |
| Prélevé sur la succession | 60 000 € | 150 000 € |
| Total | 150 000 € | 150 000 € |

Quelles aides ne sont pas des avances sur héritage ?
L'article 852 exclut du rapport les frais d'entretien, d'éducation et d'apprentissage, les frais ordinaires d'équipement, ceux de noces et les présents d'usage, sauf volonté contraire du donateur. Le présent d'usage est apprécié à la date du don, au regard de la fortune de celui qui donne : une montre pour un diplôme peut en être un, un chèque de 30 000 € offert par un parent aux revenus modestes beaucoup plus difficilement.
À l'inverse, l'article 851 vise expressément ce qui a servi à établir un héritier, par exemple à financer son installation professionnelle, ou à payer ses dettes. Un parent qui solde le crédit d'un enfant lui fait donc une avance rapportable.
Quel impôt paie-t-on au moment de l'avance ?
Fiscalement, l'avance sur héritage est une donation comme une autre, taxée au jour du don. Selon Service Public, l'enfant ne paie rien sur les premiers 100 000 € reçus de chacun de ses parents ; ce montant couvre toutes les donations du même parent sur une période de quinze ans. Au-delà, le barème de la ligne directe s'applique, de 5 % à 45 %.
Deux exonérations peuvent s'ajouter pour les sommes d'argent :
- le don familial de sommes d'argent, exonéré dans la limite de 31 865 € par période de quinze ans, à condition que le parent n'ait pas atteint 80 ans le jour du don et que l'enfant soit majeur ou émancipé ;
- le don destiné à l'achat d'un logement neuf ou à des travaux de rénovation énergétique, exonéré jusqu'à 100 000 € par donateur et par bénéficiaire pour les sommes versées du 15 février 2025 au 31 décembre 2026, sous conditions d'utilisation et d'occupation du logement pendant cinq ans.
Combien coûte une avance de 120 000 € ?
Un père de 72 ans verse 120 000 € à sa fille, qui n'a rien reçu de lui depuis quinze ans. Une fois retirés les 100 000 € exonérés, la base taxable est de 20 000 € : le barème donne 2 194,35 € de droits. Si le versement remplit les conditions du don familial, ses 31 865 € s'imputent en plus, la base devient nulle et la fille ne paie rien. Le détail des abattements, et leur cumul possible, est développé dans le guide de la donation à un enfant.
Le don manuel d'argent se déclare aux impôts dans le mois qui suit le don, en ligne depuis l'espace particulier ou par formulaire. Une donation d'immeuble passe obligatoirement devant notaire, avec des frais de notaire propres à la donation qui s'ajoutent aux droits.
Que change la mention « hors part successorale » ?
Elle dispense l'enfant de rapporter le don : il garde le bien en plus de sa part. Mais l'article 844 limite cette faveur à la quotité disponible, c'est-à-dire la part du patrimoine dont le parent peut librement disposer. Service Public rappelle qu'elle vaut la moitié du patrimoine avec un enfant, le tiers avec deux, le quart avec trois ou plus. Ce qui dépasse est réduit au profit des autres enfants.
Cette mention sert donc à avantager volontairement un enfant, par exemple celui qui s'est occupé d'un parent âgé, dans les limites fixées par la loi. Elle n'a aucun effet sur l'impôt : l'abattement de 100 000 € et le barème restent les mêmes.

La donation-partage évite-t-elle le recalcul au décès ?
Oui, c'est son principal intérêt. Selon le Conseil supérieur du notariat, la donation-partage permet de figer la valeur des biens au jour de l'acte : le calcul de la réserve et de la quotité disponible ne sera pas refait au décès avec des valeurs actualisées. Le parent répartit lui-même ses biens entre ses enfants, qui acceptent leur lot.
Ce gel suppose que tous les héritiers réservataires reçoivent un lot et qu'aucune réserve d'usufruit ne porte sur une somme d'argent. La donation-partage se fait obligatoirement par acte notarié, et elle peut intégrer des donations simples antérieures, évaluées alors au jour de la donation-partage. Pour les biens démembrés, la page consacrée à l'usufruit dans une succession détaille la valeur fiscale de la nue-propriété selon l'âge.
Et si l'enfant qui a reçu l'avance renonce à la succession ?
L'article 845 l'autorise à conserver ce qu'il a reçu, sans dépasser la part dont le parent pouvait librement disposer. Le donateur peut toutefois avoir exigé, dans l'acte, le rapport en cas de renonciation : l'enfant doit alors indemniser les héritiers acceptants pour l'excédent. Un enfant qui a reçu beaucoup ne peut donc pas toujours échapper au rapport en refusant la succession.
Peut-on obtenir une avance sur une succession déjà ouverte ?
L'expression sert aussi, dans le langage courant, à désigner une somme versée à un héritier avant la fin du règlement. Trois voies existent.
- L'accord entre héritiers : tant que la succession reste en indivision, les héritiers peuvent convenir ensemble, avec le notaire chargé du dossier, de répartir une partie des fonds disponibles. Un seul héritier ne peut pas l'imposer aux autres.
- Le juge : l'article 815-11 du Code civil permet au président du tribunal judiciaire, dans la limite des fonds disponibles, d'ordonner une avance en capital sur les droits d'un indivisaire dans le partage à venir.
- Les dépenses urgentes : sans attendre, la banque peut régler sur les comptes du défunt les frais d'obsèques, de dernière maladie et les impôts dus, dans la limite de 5 965 € et des fonds disponibles, selon Service Public. Elle facture ensuite des frais de succession plafonnés à 1 % du solde, sans dépasser 857 €.
Des sociétés privées proposent par ailleurs des « avances sur héritage » qui sont en réalité des financements remboursés sur la part future : leur coût se lit dans le contrat, et elles ne relèvent pas du droit des successions.
Questions fréquentes
Une avance sur héritage doit-elle être écrite ?
Non. Un don manuel d'argent sans écrit est rapportable s'il est prouvé. Un acte notarié, ou au minimum la déclaration fiscale du don, évite toute contestation sur son montant et sa date.
Faut-il rembourser une avance sur héritage ?
Non, l'enfant ne rembourse rien. La somme est seulement imputée sur sa part au partage. Si l'avance dépasse sa part, il ne reçoit rien de plus, et seul l'excédent sur la réserve peut donner lieu à une indemnité.
Les petits-enfants peuvent-ils recevoir une avance sur héritage ?
Un petit-enfant qui n'hérite pas directement de son grand-parent n'est pas tenu au rapport, sauf s'il vient à la succession à la place de son parent décédé. Fiscalement, il dispose d'un abattement de 31 865 €.
Le délai de quinze ans efface-t-il l'avance ?
Il efface seulement le rappel fiscal : les donations de plus de quinze ans ne sont plus additionnées pour le calcul des droits. Sur le plan civil, une donation de trente ans reste rapportable au décès. Pour un calcul précis, un notaire reste l'interlocuteur habituel.
Sources et références
- Légifrance, Code civil, articles 843 à 863 (rapport des libéralités) — www.legifrance.gouv.fr
- Légifrance, Code civil, article 815-11 — www.legifrance.gouv.fr
- Service Public, Droits de donation — www.service-public.gouv.fr
- Service Public, Abattements et barème des droits de donation — www.service-public.gouv.fr
- Service Public, Donation — www.service-public.gouv.fr
- Service Public, Que devient le compte bancaire d'une personne décédée ? — www.service-public.gouv.fr
- Notaires de France, La donation-partage (classique ou transgénérationnelle) — www.notaires.fr




