Un enfant qui hérite de l'un de ses parents retire 100 000 € de sa part avant de calculer le moindre droit de succession ; un frère ou une sœur retire 15 932 €, un neveu 7 967 €, toute autre personne 1 594 €. Le conjoint marié et le partenaire de Pacs, eux, sont totalement exonérés. Service-public.fr donne ces chiffres dans sa fiche sur le calcul des droits, mise à jour en février 2026.

Les repères qui suivent permettent de retrouver l'abattement applicable à chaque héritier, de comprendre ce qui le réduit ou l'augmente, puis de vérifier le calcul sur un exemple.

Repère 1 : le montant de l'abattement succession selon le lien

HéritierAbattement 2026
Conjoint ou partenaire de PacsExonération totale
Enfant (ou adopté plénier)100 000 €
Père, mère, grand-parent100 000 €
Petit-enfant héritant par représentation100 000 € partagés
Petit-enfant dont le parent est vivant1 594 €
Frère ou sœur15 932 €
Neveu ou nièce7 967 €
Autre personne1 594 €

Ce tableau répond à la plupart des situations. Trois précisions en changent souvent la lecture :

  • l'abattement est personnel : on le retranche de ce que reçoit chaque héritier, et non du patrimoine global. Trois enfants bénéficient chacun de 100 000 € ;
  • il est attaché au défunt : une fille retrouve 100 000 € au décès de son père, puis de 100 000 € au décès de sa mère ;
  • il ne s'additionne pas d'un lien à l'autre : un héritier n'a qu'un abattement de parenté, celui de son lien avec la personne décédée.

Repère 2 : la représentation, quand un héritier vient à la place d'un autre

Un petit-enfant n'hérite normalement de ses grands-parents que si son parent est déjà décédé, a renoncé ou a été écarté. Il vient alors « par représentation » et reprend l'abattement de son parent : 100 000 €, partagés entre les petits-enfants de cette branche. Deux petits-enfants qui représentent leur mère disposent ainsi de 50 000 € chacun.

Le même mécanisme vaut pour les neveux et nièces qui représentent un frère ou une sœur prédécédé du défunt : l'abattement de 15 932 € est alors divisé entre eux, et leur part est taxée à 35 % puis 45 % au lieu de 55 %.

Lorsque le petit-enfant hérite alors que son parent est vivant, par exemple par testament, l'abattement tombe à 1 594 €. Une donation à un enfant ou à un petit-enfant de son vivant reste souvent bien moins coûteuse que ce legs.

Repère 3 : les donations de moins de 15 ans réduisent l'abattement

L'abattement de succession et celui des donations forment une seule enveloppe sur quinze ans. Toute donation reçue du défunt dans les 15 ans qui précèdent le décès est ajoutée à la part de l'héritier pour calculer ce qui reste de l'abattement : c'est le rappel fiscal.

Un fils qui a reçu de sa mère 40 000 € en 2018 et qui hérite d'elle en 2026 ne dispose plus que de 60 000 € d'abattement sur sa part. Si la donation remontait à 2010, plus de 15 ans avant le décès, il retrouverait ses 100 000 € entiers.

Deux catégories de dons échappent au rappel selon service-public.fr : les donations de plus de 15 ans et les dons familiaux de sommes d'argent (31 865 € au plus, donateur de moins de 80 ans, bénéficiaire majeur) déclarés dans le mois qui suit le don.

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Repère 4 : les abattements qui s'ajoutent

Le handicap : 159 325 €

Lorsqu'une infirmité physique ou mentale empêche l'héritier d'exercer une activité professionnelle normale, ou, s'il est mineur, de suivre une scolarité normale, la loi lui accorde 159 325 € d'abattement en plus. Il se cumule avec l'abattement de parenté : un enfant handicapé déduit donc 259 325 € de sa part.

Les frères et sœurs qui vivaient avec le défunt

Un frère ou une sœur est entièrement exonéré lorsque trois conditions sont réunies au jour du décès :

  1. ne pas vivre en couple marié : célibat, veuvage, divorce ou séparation de corps ;
  2. âge supérieur à 50 ans au décès, ou infirmité qui interdit toute activité rémunérée ;
  3. domicile commun et continu avec la personne décédée durant les cinq ans qui précèdent le décès.

À défaut, l'abattement de 15 932 € s'applique. Les règles propres à ces successions sont développées dans l'article sur la fiscalité des héritages au sein d'une fratrie.

Le don à une association dans les 12 mois

Un héritier qui donne tout ou partie de ce qu'il reçoit à une fondation ou une association reconnue d'utilité publique, à l'État ou à une collectivité territoriale, dans les 12 mois suivant le décès, bénéficie d'un abattement égal au montant de ce don.

Repère 5 : ce qui réduit la valeur taxée avant même l'abattement

La résidence principale : 20 % de moins

L'article 764 bis du Code général des impôts prévoit un abattement de 20 % sur la valeur de la résidence principale du défunt, si elle est occupée au jour du décès, comme résidence principale, par le conjoint survivant, le partenaire de Pacs ou un enfant mineur ou majeur protégé (du défunt ou de son conjoint). Une maison estimée 300 000 € est alors déclarée pour 240 000 €.

Cet abattement profite à tous les héritiers, puisqu'il réduit la valeur du bien lui-même. Il ne joue pas pour une résidence secondaire ou un logement loué.

L'assurance vie, hors succession

Les capitaux versés au décès par un contrat d'assurance vie suivent leur propre régime :

Primes verséesRégime au décès
Avant 70 ans152 500 € exonérés par bénéficiaire, puis 20 % et 31,25 % au-delà de 700 000 €
Après 70 ans30 500 € exonérés au total, le surplus soumis aux droits de succession

Le conjoint et le partenaire de Pacs bénéficiaires sont exonérés dans tous les cas. Les 152 500 € s'ajoutent donc aux 100 000 € de l'abattement succession d'un enfant désigné bénéficiaire.

Repère 6 : le barème appliqué après l'abattement

Une fois l'abattement déduit, la part restante est taxée selon le lien de parenté :

LienTaux
Ligne directe5 à 45 % par tranches
Frères et sœurs35 % jusqu'à 24 430 €, 45 % au-delà
Parents jusqu'au 4e degré (neveux, cousins germains)55 %
Au-delà ou non parents60 %

En ligne directe, les trois premières tranches (5 % jusqu'à 8 072 €, 10 % jusqu'à 12 109 €, 15 % jusqu'à 15 932 €) représentent ensemble 1 380,75 € ; la tranche suivante, à 20 %, court jusqu'à 552 324 €.

Repère 7 : un exemple complet

Un père veuf décède en 2026. Son patrimoine net s'élève à 500 000 €, à partager entre ses deux enfants, soit 250 000 € chacun. Sa fille avait reçu de lui un studio évalué 40 000 € en 2018.

Pour le fils, sans donation antérieure : 250 000 − 100 000 = 150 000 € taxables. Droits : 1 380,75 € pour les trois premières tranches, plus 20 % sur 134 068 €, soit 26 813,60 €. Total : 28 194,35 €.

Pour la fille, l'abattement restant n'est plus que de 60 000 € : 190 000 € taxables. Droits : 1 380,75 € + 20 % de 174 068 €, soit 34 813,60 €. Total : 36 194,35 €.

Si l'un des enfants était mineur et habitait encore la maison familiale de 300 000 €, celle-ci ne compterait que pour 240 000 € et l'actif à partager tomberait à 440 000 €.

Le partage civil reste une autre question : selon la forme de la donation du studio, il peut aussi entrer dans les comptes de partage entre le frère et la sœur.

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Repère 8 : déclarer et payer

La déclaration de succession est déposée dans les 6 mois pour un décès survenu en France ; le délai passe à 12 mois pour un décès à l'étranger. Impots.gouv.fr dispense de déclaration lorsque l'actif brut est inférieur à 50 000 € pour les héritiers en ligne directe et le conjoint survivant, à condition qu'ils n'aient pas reçu auparavant du défunt une donation ou un don manuel non enregistré ou non déclaré. Le seuil est de 3 000 € pour les autres héritiers.

Lorsqu'un conjoint hérite d'une partie en usufruit, la valeur de chaque part dépend de son âge : ce point est détaillé dans l'article consacré à l'usufruit en cas de succession. Pour une succession qui comporte des biens à l'étranger, une entreprise ou un testament, un notaire établit en pratique la déclaration et le calcul ; le simulateur officiel de service-public.fr donne une première estimation des droits.

Repère 9 : les proches qui n'ont presque pas d'abattement

Trois situations surprennent souvent les familles, parce que la proximité affective ne crée aucun abattement.

Le concubin n'est pas héritier. Il ne reçoit quelque chose que par testament, et il est alors traité comme un étranger : 1 594 € d'abattement, 60 % au-delà. Une maison de 200 000 € léguée à un compagnon non marié coûte donc près de 119 000 € de droits.

Le partenaire de Pacs ne paie aucun droit, mais il n'est pas héritier légal non plus : sans testament olographe ou notarié en sa faveur, il ne reçoit rien, en dehors d'un droit temporaire au logement.

Les enfants du conjoint, quand ils n'ont pas été adoptés, ne sont pas en ligne directe avec leur beau-parent. Service-public.fr signale que l'adoption simple peut, sous conditions, ouvrir l'abattement de 100 000 €. Dans une famille recomposée, un notaire peut chiffrer les différentes options avant qu'un décès ne fige la situation.

Questions fréquentes

Quel est l'abattement sur une succession pour un enfant ?

100 000 € par enfant et par parent décédé, diminué des donations reçues de ce parent depuis moins de 15 ans. Un enfant handicapé y ajoute 159 325 €.

Le conjoint survivant paie-t-il des droits de succession ?

Non. L'époux et le partenaire pacsé ne paient aucun droit de succession, quel que soit le montant reçu. Le concubin, en revanche, n'a droit qu'à 1 594 € d'abattement et paie 60 % au-delà.

Les abattements sur succession sont-ils cumulables ?

L'abattement de parenté se cumule avec celui du handicap, avec l'abattement pour don à une association et avec le régime de l'assurance vie. Il ne se cumule pas avec un autre abattement de parenté : chaque héritier n'en a qu'un par défunt.

Que se passe-t-il pour un neveu qui hérite de son oncle ?

Il déduit 7 967 € et paie 55 % sur le reste. Lorsque son père ou sa mère, frère ou sœur du défunt, est décédé avant lui, il hérite à sa place : l'abattement de 15 932 € est réparti dans sa fratrie et les taux tombent à 35 % puis 45 %.

Faut-il toujours déposer une déclaration de succession ?

Non, pas lorsque l'actif brut reste sous 50 000 € pour les descendants et l'époux survivant, sans donation antérieure non déclarée, ou à 3 000 € pour les autres héritiers.

Sources et références

  • Service-public.fr, Droits de succession : calcul et paiement — www.service-public.gouv.fr
  • Impots.gouv.fr, Dois-je faire une déclaration de succession en cas de décès d'un proche ? — www.impots.gouv.fr
  • Service-public.fr, Fiscalité de l'assurance vie — www.service-public.gouv.fr
  • BOFiP-Impôts, Évaluation des immeubles transmis à titre gratuit, résidence principale du défunt (BOI-ENR-DMTG-10-40-10-30) — bofip.impots.gouv.fr