Pourquoi une sœur qui hérite 100 000 € de son frère verse-t-elle plus de 35 000 € au fisc, alors qu'une fille héritant la même somme de sa mère ne paierait rien ? Parce que la loi fiscale traite la fratrie comme une parenté éloignée : l'abattement y est six fois plus faible qu'en ligne directe et le barème démarre directement à 35 %.
Cette fiche rassemble les repères utiles, dans l'ordre où ils se posent : savoir d'abord si l'on hérite, puis combien on paiera, enfin comment l'exonération ou l'assurance vie peuvent changer le résultat. Les montants sont ceux en vigueur en 2026, tels que publiés par Service Public (fiche vérifiée le 9 février 2026) et par le Conseil supérieur du notariat.
Droit de succession entre frère et soeur : les chiffres de 2026
| Repère | Montant ou règle |
|---|---|
| Abattement par frère ou sœur | 15 932 € |
| Taux jusqu'à 24 430 € taxables | 35 % |
| Taux au-delà de 24 430 € | 45 % |
| Abattement supplémentaire (handicap) | 159 325 € |
| Exonération totale | 3 conditions cumulatives |
| Neveu ou nièce héritant de son propre chef | 7 967 € d'abattement, puis 55 % |
Ces montants s'appliquent à la part reçue par chaque héritier, pas à la succession entière. Deux frères qui se partagent 200 000 € disposent donc chacun de leur propre abattement de 15 932 €.
Repère 1 : la fratrie n'hérite qu'en l'absence d'enfants
Le Code civil classe les héritiers par ordres. Les enfants et leurs descendants passent en premier : tant qu'il en existe un, les frères et sœurs du défunt ne reçoivent rien, sauf testament en leur faveur. Ils appartiennent au deuxième ordre, avec les parents du défunt, ce qui leur vaut le nom de « collatéraux privilégiés ».
Quand le défunt n'était pas marié et n'avait pas d'enfant, la répartition sans testament suit des proportions fixes, décrites par Service Public :
- les deux parents sont vivants : chacun reçoit un quart, les frères et sœurs se partagent la moitié restante ;
- un seul parent est vivant : il reçoit un quart, la fratrie se partage les trois quarts ;
- les parents sont décédés : les frères et sœurs recueillent toute la succession.
Dans tous ces cas, le partage entre frères et sœurs se fait à parts égales. Les demi-frères et demi-sœurs, nés d'un seul parent commun, ont les mêmes droits que les autres. Un frère issu du premier mariage du père hérite donc, en principe, comme une sœur née des deux mêmes parents.
Le conjoint survivant écarte la fratrie
Si le défunt était marié, la règle change du tout au tout. Sans testament et sans enfant, le conjoint partage avec les parents encore en vie (la moitié pour lui si les deux parents survivent, les trois quarts si un seul survit) et recueille tout si les parents sont décédés. Les frères et sœurs ne figurent pas parmi les héritiers. Le partenaire de PACS, lui, n'est pas héritier légal : sans testament, il ne reçoit rien, et la fratrie retrouve sa place.
Repère 2 : le droit de retour sur les biens de famille
Une exception protège la fratrie face au conjoint. L'article 757-3 du Code civil prévoit que, lorsque les deux parents du défunt sont morts avant lui, les biens qu'il avait reçus de ses ascendants par succession ou par donation, et qui se retrouvent en nature dans la succession, reviennent pour moitié à ses frères et sœurs ou à leurs descendants. L'autre moitié reste au conjoint.
Trois limites encadrent ce droit de retour :
- il ne joue qu'en l'absence de descendants du défunt ;
- il ne porte que sur les biens encore présents « en nature » : une maison héritée des parents, oui ; le prix de sa vente placé sur un compte, non ;
- il ne profite qu'aux frères et sœurs eux-mêmes issus du parent qui avait transmis le bien. Un demi-frère du côté paternel n'a donc aucun droit sur la maison venue de la famille maternelle.

Repère 3 : neveux et nièces prennent la place d'un frère prédécédé
Lorsqu'un frère est mort avant le défunt, ses enfants viennent à sa place par le mécanisme de la représentation. Ils se partagent alors la part qu'il aurait reçue. Fiscalement, Service Public précise qu'un neveu ou une nièce qui hérite par représentation se voit appliquer le barème des frères et sœurs, 35 % puis 45 %.
Le neveu qui hérite de son propre chef, par exemple par testament alors que son parent est toujours vivant, relève d'un régime plus lourd : abattement de 7 967 € et taux unique de 55 %. Cet écart pèse dans les familles où un oncle célibataire souhaite avantager un neveu par testament.
Repère 4 : calculer les droits pas à pas
Le calcul se fait héritier par héritier, sur la part nette reçue (biens moins dettes et frais déductibles du défunt, au prorata).
Prenons une sœur qui reçoit une part nette de 100 000 €, sans exonération ni handicap :
- Part taxable après abattement : 100 000 − 15 932 = 84 068 €.
- Première tranche, jusqu'à 24 430 € à 35 % : 8 550,50 €.
- Seconde tranche, les 59 638 € restants à 45 % : 26 837,10 €.
- Droits dus : 35 387,60 €, soit environ 35 % de la part reçue.
Pour une part de 30 000 €, la base taxable tombe à 14 068 €, entièrement dans la première tranche : 4 923,80 € de droits. Une part inférieure à 15 932 € ne génère aucun droit pour un frère ou une sœur.
Le fonctionnement des abattements en général, ligne directe et conjoint compris, montre l'ampleur de l'écart : un enfant dispose de 100 000 € d'abattement face à chacun de ses parents.
Repère 5 : l'exonération totale, trois conditions cumulatives
L'article 796-0 ter du Code général des impôts exonère entièrement la part du frère ou de la sœur qui remplit, au jour du décès, trois conditions à la fois :
- Situation familiale : être célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps. Le frère marié ou pacsé en est exclu, même s'il vivait avec le défunt.
- Âge ou santé : avoir plus de 50 ans, ou être atteint d'une infirmité qui empêche de subvenir à ses besoins par son travail.
- Vie commune : avoir été constamment domicilié avec le défunt pendant les cinq années qui ont précédé le décès.
Si une seule condition manque, l'exonération tombe et l'abattement de 15 932 € s'applique normalement.
Ce que la Cour de cassation exige pour la vie commune
La troisième condition donne lieu à l'essentiel des litiges. Dans un arrêt du 12 mars 2025 (pourvoi n° 22-20.873), rapporté par le Conseil supérieur du notariat, la Cour de cassation a rappelé que le frère ou la sœur doit avoir eu son principal établissement au même endroit que le défunt, au sens de l'article 102 du Code civil. Des séjours réguliers ou prolongés chez lui ne suffisent pas.
La preuve se fait par tous moyens : factures d'énergie à l'adresse commune, quittances de loyer aux deux noms, déclarations de revenus, attestations. Un frère qui a conservé son propre logement, même peu occupé, s'expose à une remise en cause par l'administration.
Repère 6 : le handicap ajoute un abattement important
L'héritier atteint d'un handicap physique ou mental l'empêchant de travailler dans des conditions normales de rentabilité bénéficie d'un abattement spécifique de 159 325 €, qui s'ajoute à celui de 15 932 €. Un frère dans cette situation peut donc recevoir 175 257 € sans payer de droits. Cet abattement ne se confond pas avec l'exonération totale : il vaut quel que soit l'état civil et sans condition de vie commune.

Repère 7 : le testament peut exclure ou avantager
Les frères et sœurs ne sont pas héritiers réservataires. Une personne sans enfant peut donc, par testament, attribuer tout son patrimoine à un ami, à une association ou à un seul de ses frères. En présence d'un conjoint, la seule limite est la part qui lui est réservée : un quart du patrimoine lorsque le défunt ne laisse pas de descendant.
Le testament ne change pas la fiscalité : le frère désigné légataire paie les mêmes droits que s'il héritait sans testament, alors qu'un ami légataire subit le taux de 60 % applicable entre personnes non parentes. Les règles de forme d'un testament rédigé à la main conditionnent sa validité ; un acte mal daté ou non signé laisse s'appliquer la dévolution légale.
Repère 8 : l'assurance vie suit ses propres règles
Le capital d'une assurance vie versé au décès ne fait pas partie de la succession, sauf absence de bénéficiaire désigné. Selon impots.gouv.fr, les primes versées avant les 70 ans de l'assuré bénéficient d'un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis d'un prélèvement de 20 % jusqu'à 700 000 € et de 31,25 % au-delà. Les primes versées après 70 ans sont soumises aux droits de succession après un abattement global de 30 500 €, partagé entre tous les bénéficiaires.
Pour une sœur désignée bénéficiaire, l'écart avec le barème successoral est net : 100 000 € de capital issu de primes versées avant 70 ans ne supportent aucun prélèvement. Le frère ou la sœur qui remplit les trois conditions de l'article 796-0 ter est, en outre, exonéré sur l'assurance vie comme sur la succession.
Repère 9 : déclarer et payer dans les six mois
La déclaration de succession se dépose dans les six mois du décès lorsque celui-ci a eu lieu en France métropolitaine, et les droits se paient en principe au même moment. Les frères et sœurs n'en sont dispensés que si l'actif brut successoral est inférieur à 3 000 €, un seuil bien plus bas que les 50 000 € prévus pour les enfants et le conjoint.
Le retard coûte cher : intérêt de 0,20 % par mois, et majoration de 10 % à partir du treizième mois. Un frère qui hésite à accepter une succession endettée peut aussi la refuser ; les frais réels d'une renonciation restent modestes lorsqu'elle se fait au greffe. Pour une situation précise (biens à l'étranger, famille recomposée, doute sur la vie commune), un notaire est l'interlocuteur habituel.
Questions fréquentes
Qui hérite d'un frère célibataire sans enfant ?
Sans testament, ses parents encore vivants reçoivent chacun un quart, et ses frères et sœurs se partagent le reste. Si les deux parents sont décédés, la fratrie recueille tout, à parts égales, les neveux et nièces représentant un frère prédécédé.
Quel est l'abattement sur les droits de succession entre frères et sœurs ?
Il s'élève à 15 932 € par frère ou sœur en 2026. Il s'applique à la part de chacun, et peut être complété par l'abattement de 159 325 € en cas de handicap.
Comment éviter les droits de succession entre frère et sœur ?
Trois leviers existent dans la loi : l'exonération totale si les trois conditions sont réunies, la désignation comme bénéficiaire d'une assurance vie alimentée avant 70 ans, et les donations faites du vivant, qui ouvrent un abattement de 15 932 € renouvelable tous les quinze ans.
Un demi-frère hérite-t-il autant qu'un frère ?
Oui, sans testament, il a les mêmes droits. La différence n'apparaît que pour le droit de retour sur les biens de famille, réservé aux frères et sœurs issus du parent qui avait transmis ces biens.
Un frère hérite-t-il si le défunt était marié ?
Pas en l'absence de testament : le conjoint l'écarte. Il conserve seulement le droit de retour sur la moitié des biens reçus des parents, si ceux-ci sont décédés et si les biens existent encore en nature.
Sources et références
- Service Public, Droits de succession : calcul et paiement — www.service-public.gouv.fr
- Service Public, Règles en matière d'héritage : personne décédée n'ayant pas eu d'enfant — www.service-public.gouv.fr
- Service Public, Déclaration de succession — www.service-public.gouv.fr
- Notaires de France, Exonération des droits de succession entre frères et sœurs : les conditions — www.notaires.fr
- Légifrance, Code civil, article 757-3 — www.legifrance.gouv.fr
- impots.gouv.fr, Je suis bénéficiaire d'une assurance-vie, comment la déclarer ? — www.impots.gouv.fr




