L'acte qui ouvre un divorce pour faute ne doit pas parler de faute. L'assignation remise par le commissaire de justice saisit le juge aux affaires familiales d'une demande en divorce, sans en préciser le motif ; la faute n'est invoquée que plus tard, dans les conclusions échangées entre avocats. Cette règle de procédure dit beaucoup de l'esprit actuel du droit : laisser une chance à une sortie apaisée avant que les griefs ne soient posés sur la table.

Le divorce pour faute existe pourtant toujours, aux articles 242 à 246 du Code civil. Il reste la seule forme de divorce qui s'intéresse aux raisons de la séparation. Il obéit à des conditions précises, repose sur des preuves soumises à des règles strictes, et produit des effets plus étroits que ce que beaucoup imaginent.

Ce que la loi appelle une faute

Une définition en trois conditions

Un époux peut demander le divorce lorsque des faits imputables à l'autre constituent une violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage et rendent intolérable le maintien de la vie commune. Trois éléments doivent donc être réunis :

  1. des faits imputables au conjoint, c'est-à-dire commis par lui ;
  2. une violation des devoirs du mariage, soit grave, soit répétée ;
  3. une vie commune devenue intolérable du fait de ces manquements.

Les devoirs dont la violation compte

Le mariage impose aux époux la fidélité, le secours, l'assistance et le respect mutuels. Il les oblige aussi à contribuer aux charges du ménage et à partager une communauté de vie. C'est au regard de ces engagements que le juge apprécie les comportements.

Grave ou renouvelée

Un fait unique peut suffire s'il est assez grave : des violences, par exemple. À l'inverse, un comportement mineur pris isolément peut devenir fautif par sa répétition, comme des marques de mépris réitérées. Le juge apprécie au cas par cas, en tenant compte du contexte du couple.

Les fautes que retiennent les juges

La liste n'est pas fermée, mais certains manquements reviennent régulièrement :

Devoir en causeExemples de faute
FidélitéAdultère
Communauté de vieAbandon du domicile conjugal sans autorisation
Contribution aux chargesRefus de participer aux dépenses du ménage
AssistanceAbsence de soins face à la maladie ou à la vieillesse
RespectViolences, injures, comportements humiliants
LoyautéOpérations financières cachées, passé pénal dissimulé

L'adultère n'entraîne pas automatiquement le divorce aux torts de son auteur : il doit, comme les autres faits, rendre la vie commune intolérable. Le juge apprécie chaque fait dans le contexte propre au couple.

La preuve, cœur du divorce pour faute

En matière de divorce, la preuve est libre : tous les moyens sont admis, y compris l'aveu. Cette liberté connaît pourtant des limites, que service-public.fr détaille.

Les preuves admises

  • Les écrits : SMS, courriels, messages publiés sur les réseaux sociaux, lettres.
  • Les témoignages de proches, d'amis, de voisins, sous forme d'attestations.
  • Les certificats médicaux, notamment pour établir des violences.
  • Le constat d'un commissaire de justice, qui exige une autorisation du juge s'il est réalisé hors du domicile conjugal.
  • Les mains courantes, sans valeur juridique propre, mais utilisables comme commencement de preuve.

Les preuves écartées

  • Le témoignage des enfants et plus largement des descendants n'est jamais admis.
  • Un enregistrement réalisé à l'insu de la personne, sans son consentement, est jugé irrecevable ; un enregistrement utilisable doit être retranscrit par un commissaire de justice.
  • Une preuve obtenue par violence ou par fraude peut être écartée par le juge, par exemple des messages obtenus en forçant l'accès au téléphone de l'autre.

Sans preuve suffisante, la demande échoue. Le juge peut alors refuser le divorce si aucune autre demande n'a été formée, ce qui laisse les époux mariés.

Téléphone portable posé au bord d'une table en bois

La réconciliation et les fautes de l'autre

Deux règles du Code civil limitent l'usage des griefs. D'abord, la réconciliation des époux intervenue après les faits reprochés empêche de les invoquer comme cause de divorce (article 244). Une reprise temporaire de la vie commune ne vaut pas forcément réconciliation, et des faits nouveaux postérieurs permettent de rouvrir le débat ; les anciens griefs peuvent alors être rappelés à l'appui de la nouvelle demande.

Ensuite, les fautes de l'époux qui a pris l'initiative du divorce n'empêchent pas d'examiner sa demande, mais elles peuvent ôter aux faits qu'il reproche à l'autre leur caractère de gravité (article 245). Le juge peut alors prononcer le divorce aux torts partagés, voire rejeter la demande si les manquements invoqués perdent leur poids une fois replacés dans le comportement des deux époux.

Le déroulement de la procédure

Le divorce pour faute suit la procédure de divorce judiciaire.

  1. Un avocat pour chaque époux. Sa présence est obligatoire. L'époux qui reçoit l'assignation dispose de 15 jours pour constituer avocat s'il veut faire valoir ses arguments.
  2. L'assignation. Elle est délivrée par commissaire de justice, sans mention du motif. L'époux demandeur acquitte un timbre fiscal de 50 €, sauf aide juridictionnelle.
  3. L'audience d'orientation. Le juge peut y prendre des mesures provisoires : jouissance du logement familial, pension au titre du devoir de secours, gestion des dettes et des biens, résidence des enfants, droit de visite, contribution à leur entretien.
  4. La mise en état. Les avocats échangent leurs conclusions et leurs pièces sous le contrôle d'un juge ; c'est à ce stade que la faute est invoquée. La durée de cette phase dépend du nombre d'échanges et de la complexité du dossier.
  5. L'audience de plaidoiries puis le jugement. Le juge prononce le divorce, en indique le fondement et statue sur ses conséquences.
  6. L'appel, possible dans un délai d'un mois à compter de la signification du jugement.

Lorsque l'un demande le divorce pour faute et l'autre pour altération définitive du lien conjugal, le juge examine d'abord la faute. Si elle n'est pas établie, il peut prononcer le divorce sur l'autre fondement.

Torts exclusifs ou torts partagés

L'époux attaqué peut lui-même reprocher des fautes à son conjoint. Le jugement aboutit alors à l'une de ces issues :

  • divorce aux torts exclusifs d'un époux, quand seule sa faute est établie ;
  • divorce aux torts partagés, quand chacun est reconnu fautif ;
  • divorce sans énonciation des torts, si les deux époux le demandent : le juge prononce le divorce sans motiver sa décision sur les fautes.

Cette dernière option permet de clore le conflit sans exposer les griefs dans le jugement.

Pile de dossiers et de classeurs sur une étagère

Ce que la faute change, et ce qu'elle ne change pas

C'est sans doute le point le plus mal connu. Une faute reconnue ne bouleverse pas tout.

Sans effet sur les biens ni sur les enfants

Le partage des biens suit le régime matrimonial, quelle que soit la cause du divorce. L'époux fautif ne perd pas sa part de la communauté. De même, la faute envers le conjoint n'a pas d'effet direct sur l'autorité parentale, la résidence des enfants ou le droit de visite, qui se décident selon l'intérêt de l'enfant.

Un effet possible sur la prestation compensatoire

Selon l'article 270 du Code civil, le juge peut refuser la prestation compensatoire à l'époux aux torts exclusifs duquel le divorce est prononcé, au vu des circonstances particulières de la rupture, même lorsque la disparité de niveau de vie est réelle. C'est une faculté, pas une règle automatique. Les critères qui servent à chiffrer cette somme sont présentés dans l'article comment se calcule la prestation compensatoire.

Des dommages-intérêts dans deux cas

  • Au titre de l'article 266 du Code civil, pour des conséquences d'une particulière gravité subies du fait de la dissolution du mariage. La demande doit être faite pendant la procédure de divorce, pas après.
  • Au titre de la responsabilité civile, pour un préjudice distinct, causé par le comportement fautif lui-même. Il faut alors prouver une faute, un préjudice et un lien de causalité entre les deux.

Les frais

Les dépens peuvent être mis à la charge de l'époux fautif. Les honoraires d'avocat restent, eux, à la charge de chacun, sauf décision contraire.

Les passerelles vers un divorce moins conflictuel

Une procédure engagée pour faute n'est pas figée. Si les époux trouvent un terrain d'entente, ils peuvent basculer :

  • vers un divorce accepté, en signant l'acceptation du principe de la rupture, lorsque seuls les effets du divorce restent en discussion ;
  • vers un divorce par consentement mutuel, s'ils s'accordent sur tout ; la convention est alors rédigée par leurs avocats selon le schéma du divorce à l'amiable.

À l'inverse, une fois l'acceptation du principe de la rupture signée, il n'est plus possible de revenir à un divorce pour faute. Avant de placer le débat sur le terrain de la faute, mieux vaut en mesurer la durée, le coût et l'exposition des griefs avec son avocat ; un point-justice renseigne gratuitement sur les règles générales. Résidence des enfants, pension, Pacs : d'autres situations sont abordées dans les pages famille du site.

Questions fréquentes

Quelles sont les fautes qui justifient un divorce ?

Toute violation grave ou répétée des devoirs du mariage rendant la vie commune intolérable : adultère, violences, injures, abandon du domicile, refus de contribuer aux charges, déloyauté financière. La liste légale n'est pas limitative.

Peut-on utiliser les SMS de son conjoint comme preuve ?

Les échanges écrits (SMS, courriels, messages sur les réseaux sociaux) font partie des preuves admises. Le juge peut toutefois écarter des messages obtenus par violence ou par fraude.

Les enfants peuvent-ils témoigner ?

Non. Le témoignage des descendants est exclu dans une procédure de divorce, quel que soit leur âge.

L'époux fautif perd-il la garde des enfants ?

Pas en raison de la faute envers le conjoint. Les décisions sur les enfants se fondent sur leur intérêt, apprécié séparément.

L'époux fautif peut-il obtenir une prestation compensatoire ?

Oui, si la disparité de niveau de vie est établie. Lorsqu'il porte seul les torts, le juge a seulement la faculté de la lui refuser, eu égard aux conditions propres à la séparation ; rien ne l'y oblige.

Que se passe-t-il si la faute n'est pas prouvée ?

Le juge rejette la demande. Si l'autre époux a formé une demande pour altération définitive du lien conjugal, le divorce peut être prononcé sur ce fondement ; sinon, les époux restent mariés.

Sources et références

  • Service-public.fr, Divorce pour faute (vérifié le 1er mars 2026) — www.service-public.gouv.fr
  • Service-public.fr, Divorce judiciaire : procédure (vérifié le 11 septembre 2026) — www.service-public.gouv.fr
  • Service-public.fr, Divorce pour altération définitive du lien conjugal (vérifié le 1er mars 2026) — www.service-public.gouv.fr
  • Service-public.fr, Divorce accepté (vérifié le 1er mars 2026) — www.service-public.gouv.fr