La pension alimentaire des enfants dispose d'une table de référence publiée par le ministère de la Justice. La prestation compensatoire, elle, n'en a aucune. Deux couples aux revenus identiques peuvent aboutir à des montants très éloignés, parce que la loi ne fixe pas un calcul mais une série de critères à apprécier. C'est ce qui rend la question « combien ? » si difficile à trancher tant que ni jugement ni convention signée n'ont arrêté un chiffre.
Dix repères suivent : la fonction de la prestation, les critères légaux, les méthodes d'estimation des praticiens, les formes de versement, la révision et le traitement fiscal.
Repère 1 : ce que compense la prestation
La prestation compensatoire vise à compenser, autant que possible, la disparité de niveau d'existence que la rupture du mariage creuse entre les ex-époux (article 270 du Code civil). Elle n'indemnise pas une faute et ne rémunère pas les années de vie commune : elle corrige un écart de niveau de vie que le divorce fait apparaître.
Elle est fixée en fonction des besoins de l'époux qui la reçoit et des ressources de celui qui la verse, en tenant compte de la situation au moment du divorce et de son évolution prévisible.
Elle n'existe qu'entre époux. Des partenaires de Pacs ou des concubins qui se séparent ne peuvent demander que des dommages-intérêts pour rupture abusive ; c'est l'une des différences pratiques évoquées dans le comparatif mariage ou Pacs.
Repère 2 : quand la demander
| Type de divorce | Moment de la demande |
|---|---|
| Consentement mutuel sans juge | Dans la convention, avant son dépôt chez le notaire |
| Divorce judiciaire | Pendant la procédure, parfois pour la première fois en appel |
| Après le divorce | Plus possible |
Lorsque le couple opte pour le divorce à l'amiable, la prestation est négociée par les avocats et inscrite dans la convention ; elle devient exigible au dépôt chez le notaire. Une fois ce dépôt effectué, il est trop tard pour la réclamer.
Repère 3 : les critères que retient le juge
Le Code civil (articles 270 à 281) liste les éléments que le juge prend en compte. Chacun peut peser lourd :
- la durée du mariage ;
- l'âge et l'état de santé de chaque époux ;
- leur qualification et leur situation professionnelles ;
- les conséquences des choix professionnels faits pendant la vie commune pour l'éducation des enfants ou pour favoriser la carrière de l'autre ;
- le patrimoine de chacun, estimé ou prévisible, après la liquidation du régime matrimonial ;
- leurs droits existants et prévisibles ;
- leur situation en matière de retraite, en tenant compte de la baisse de pension liée aux sacrifices de carrière.
Pour éclairer le juge, chaque époux remet une déclaration sur l'honneur de ses ressources, revenus, patrimoine et conditions de vie. En cas de désaccord, une expertise peut être ordonnée.

Repère 4 : les méthodes d'estimation des praticiens
Faute de barème, avocats et magistrats utilisent des méthodes d'estimation, dont aucune n'a de valeur légale. Elles servent de point de départ à la négociation ou à la demande. Trois approches reviennent souvent.
Méthode fondée sur l'écart de revenus et la durée du mariage
On calcule la différence de revenus annuels entre les époux, on en prend le tiers, puis on multiplie par la moitié de la durée du mariage, en années.
Méthode des 20 % sur huit ans
On prend 20 % de la différence de revenus annuels et on multiplie le résultat par 8.
Méthodes à pondération
D'autres méthodes affinent l'estimation en ajoutant des coefficients liés à l'âge du créancier, à la durée du mariage, au nombre d'enfants ou à l'écart d'épargne. Elles exigent davantage de données et sont surtout employées par les professionnels.
Un exemple fictif pour mesurer l'écart
Prenons un couple imaginaire, marié depuis 20 ans. L'un perçoit 48 000 € par an, l'autre 18 000 €. L'écart annuel est de 30 000 €.
| Méthode | Calcul | Estimation |
|---|---|---|
| Écart de revenus et durée | 30 000 ÷ 3 × (20 ÷ 2) | 100 000 € |
| 20 % sur huit ans | 30 000 × 20 % × 8 | 48 000 € |
Pour un même couple, le résultat varie du simple au double. C'est pourquoi ces chiffres ne valent que comme fourchette. Le juge, lui, ajustera selon l'âge, la santé, le patrimoine après partage et les droits à retraite, qu'aucune de ces deux formules simples ne prend en compte.
Repère 5 : les formes de paiement
| Forme | Règle |
|---|---|
| Capital versé en une fois | Forme de principe |
| Capital échelonné | Versements sur 8 ans au plus |
| Attribution d'un bien | Exceptionnelle : propriété, usufruit, droit d'usage et d'habitation |
| Rente viagère | Exceptionnelle : âge ou santé du créancier |
Le capital est la règle. Il peut être payé immédiatement, étalé sur huit ans au maximum, ou combiner les deux.
L'attribution d'un bien intervient lorsque le versement d'une somme d'argent n'est pas possible : le juge peut attribuer un bien en pleine propriété, un usufruit ou un droit d'usage et d'habitation.
La rente viagère n'est accordée qu'à titre exceptionnel, quand l'âge ou l'état de santé du créancier l'empêche de subvenir à ses besoins. Elle est indexée chaque année et versée sans limite de durée.
Repère 6 : fixer la prestation par accord
Les époux ne sont pas obligés de laisser le juge chiffrer la prestation. Dans le divorce par consentement mutuel, ils en fixent eux-mêmes le montant et les modalités dans leur convention, et peuvent prévoir que les versements cesseront à la survenance d'un événement déterminé, par exemple le remariage du bénéficiaire ou sa prise de retraite (article 278 du Code civil). Dans un divorce judiciaire, ils peuvent aussi soumettre à l'homologation du juge une convention réglant tout ou partie des conséquences du divorce, prestation comprise ; le juge contrôle alors que leurs intérêts et ceux des enfants sont suffisamment préservés.
Lorsque le capital est payé en plusieurs fois, les versements sont indexés comme une pension, et le débiteur peut solder à tout moment ce qui reste dû (article 275). Pour sécuriser un paiement étalé, le juge peut exiger une garantie : un gage, une caution ou un contrat garantissant le paiement de la rente ou du capital (article 277). Ces clauses comptent autant que le chiffre lui-même, car un montant élevé payé sur huit ans sans garantie protège moins qu'un capital plus modeste versé le jour du divorce.
Repère 7 : convertir une rente en capital
Une rente peut être convertie en capital. Service-public.fr donne un exemple : une rente de 500 € par mois servie à une femme de 60 ans correspond à un capital de 92 868 €, avec un coefficient de 15,478 appliqué au montant annuel (6 000 €). Le coefficient dépend de l'âge et du sexe du créancier.

Repère 8 : révision et impayés
- Un capital ne peut pas être révisé par celui qui le reçoit. Le débiteur peut seulement demander à modifier les modalités de paiement en cas de changement important, sans toucher au montant initial.
- Une rente peut être révisée, suspendue ou supprimée en cas de changement important dans la situation de l'un ou de l'autre.
- En cas d'impayé, le créancier dispose de 10 ans pour recouvrer un capital par commissaire de justice ; pour des versements échelonnés ou une rente, les arriérés des 5 dernières années peuvent être réclamés. Ne pas payer expose aussi au délit d'abandon de famille, que le Code pénal sanctionne de deux ans de prison au plus et de 15 000 € d'amende.
- Au décès du débiteur, le solde est prélevé sur la succession et devient immédiatement exigible. Les héritiers ne paient pas sur leurs biens personnels, sauf s'ils s'y engagent par acte notarié.
Repère 9 : la faute et la prestation
La cause du divorce ne change pas le mode de calcul. L'article 270 laisse toutefois au juge la faculté de refuser la prestation si l'équité le commande, notamment quand celui qui la réclame porte seul les torts du divorce et que les conditions particulières de la séparation le justifient, même si l'écart de niveau de vie est avéré. Ce pouvoir d'appréciation est l'une des rares conséquences financières d'un divorce pour faute.
Repère 10 : la fiscalité
Le traitement fiscal dépend de la forme de paiement :
- capital versé dans les 12 mois suivant le jugement ou la convention : le débiteur bénéficie d'une réduction d'impôt de 25 %, calculée sur un capital retenu dans la limite de 30 500 €, soit une réduction de 7 625 € au plus ; le montant doit être expressément fixé dans le jugement ou la convention ;
- capital versé sur plus de 12 mois : les sommes sont déductibles du revenu du débiteur et imposables pour le créancier, selon les règles des pensions ;
- rente : même régime que les pensions alimentaires, déductible d'un côté et imposable de l'autre.
Le choix de la forme a donc un effet direct sur le coût réel pour l'un et sur le revenu imposable de l'autre. Un notaire, un avocat ou le service des impôts peuvent préciser les conséquences dans une situation donnée. Pension des enfants, résidence, logement familial : d'autres conséquences de la séparation sont expliquées dans nos articles consacrés au couple.
Questions fréquentes
Existe-t-il un simulateur officiel de prestation compensatoire ?
Non. L'administration publique ne propose pas de simulateur, contrairement à la pension alimentaire des enfants. Les outils disponibles en ligne appliquent des méthodes privées, purement indicatives.
Quelle durée de mariage faut-il pour avoir droit à une prestation ?
Aucune durée minimale n'est prévue. La durée du mariage est un critère parmi d'autres ; le juge l'apprécie avec l'âge, la santé, les choix professionnels et le patrimoine de chacun.
La prestation compensatoire est-elle versée à vie ?
Seulement sous forme de rente viagère, qui reste exceptionnelle. En principe, elle prend la forme d'un capital payé en une fois ou sur 8 ans au plus.
Peut-on renoncer à la prestation compensatoire ?
Oui, dans un divorce par consentement mutuel, les époux peuvent ne pas en prévoir. En revanche, elle ne peut plus être demandée une fois le divorce définitif.
Les revenus du nouveau conjoint comptent-ils ?
La prestation s'apprécie au moment du divorce, sur la situation des époux. Pour une rente, un changement important de situation après le divorce peut justifier une demande de révision devant le juge.
Sources et références
- Service-public.fr, Prestation compensatoire (vérifiée le 22 avril 2025) — www.service-public.gouv.fr
- Bofip, IR - Réduction d'impôt au titre de la prestation compensatoire (BOI-IR-RICI-160-20, 4 mars 2024) — bofip.impots.gouv.fr
- Service-public.fr, Divorce pour faute (vérifié le 1er mars 2026) — www.service-public.gouv.fr
- Service-public.fr, Divorce par consentement mutuel — www.service-public.gouv.fr




